vendredi 6 janvier 2017

Des roches, des montagnes... l'autre visage de la région de Valencia

  Quand on pense aux vacances ou au tourisme dans la région de Valencia (Espagne) les premières images qui nous viennent à l’assaut dans notre imaginaire sont celles concernant des plages d'eau transparente, des côtes, parfois des villes historiques comme Valencia, Elche ou Alicante, mais toujours avec la présence de la mer. c’est un paysage maritime.

   Ce que l’imaginaire touristique collectif semble ignorer, c’est que plus de la moitié du territoire de cette région se trouve à plus de 500 mètres au-dessus du niveau de la mer ; et, plus étonnant encore, un 20% au-dessus des 800 mètres.

La vallée d'Ebo, au nord de la province d'Alicante
   Il s’agit donc d’un territoire très rocheux, très montagneux, duquel on méconnait presque tout. Ici le tourisme devient une affaire d’étude ethnologique: comment vivent ces gens-là? (ou plus précisément, comment ont-ils vécu ?). En fait, l’élément le plus abondant dans cette partie du territoire est la pierre. Calcaire, pour être plus précis. Et il fallait en tirer du profit, bien sûr, dans une société qui n’a connu la culture de la consommation jusqu’après la moitié du XXème siècle. L’une des œuvres les plus étonnantes qu’on trouve dans les montagnes sont les terrasses, bâties sur des murs de soutènement faits avec de la pierre à sec (c’est-à-dire, sans aucune sorte de mortier), et qui permettaient tirer du profit d’espaces parfois très petits, parfois incroyables, pour y planter quelques caroubiers ou amandiers. Il y a des endroits où ces terrasses jalonnent des collines entières. Mais il fallait cultiver, et il  n’y avait pas de la place. En plus, ces murs empêchent l’érosion et créent un paysage spécial. 

Tourisme montagnard: l'âne-taxi

   Ce sont aussi des endroits isolés, où même l’électricité n’est arrivée que très tard. Villages et vallées étaient en quelque sorte connectées, mais ce n’était que par un réseau de chemins muletiers, aujourd’hui utilisés comme des sentiers de randonnée.


   Là on peut aussi trouver beaucoup de grottes, intéressantes d’un point de vue spéléologique et artistique, car plusieurs d’entre elles contiennent des peintures rupestres qui font partie d’un ensemble que l’UNESCO a déclaré « patrimoine de l’humanité » (art rupestre du Levant espagnol) et qui ont des caractéristiques propres.

La vallée d'Ebo sous le ciel


   C’est en plus le territoire qui a mieux gardé l’empreinte musulmane de la région. En fait, quand les principales villes du territoire ont été conquises par les chrétiens au XIIIème siècle, les musulmans sont allés chercher refuge dans ces montagnes, où ils se sont établis, et ils y sont restés jusqu’à l’arrêt d’expulsion de 1609, moment où maintes villages sont disparues, d’autres (encore sur place aujourd’hui) ont été abandonnées, et la plupart du territoire s’est dépeuplé. Ils ont laissé par contre un ample éventail de légendes de princesses qui gardent des trésors cachés, une façon de travailler la terre, des recettes de pâtisserie, et l’empreinte de la mémoire, représentée surtout dans les fêtes des Moros y Cristianos (Maures et Chrétiens), que chaque ville célèbre pour commémorer les batailles les plus importantes entre ces deux factions.

Fontaine à Alcalá de la Jovada, où l'on peut voir le visage d'Al-Azrac, important guerrier musulman-alicantinien
   Bref, il y a plein d'endroits cachés à découvrir si nous sortons des routes habituelles.
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jeudi 5 janvier 2017

La cathédrale de Valencia, le Calice de la Cène et le Saint Graal

   La cathédrale de Valencia garde d’innombrables trésors qui ont été gagnés le long de ses 771 ans d’existence, dus au pouvoir politique de l’Église et à l’éclat des grands moments historiques à travers lesquels la ville est passée, concrètement à la fin du Moyen Âge où elle a vécu son siècle d’or. En fait, on a affirmé que cette cathédrale est l’une des plus riches au monde en ce qui concerne les reliques. Et la raison est assez curieuse : quand les rois aragonais avaient besoin d’argent pour financer ses campagnes militaires à travers la Méditerranéenne, le chapitre le leur fournissait. Et voilà ce qui lui est arrivé à Alphonse le Magnanime, qui, ne pouvant pas rembourser les 136.000 sous qui avaient été destinés à la guerre de Naples, rendit non seulement toutes les reliques qu’il avait obtenues dans ses péripéties, mais aussi celles qu’il avait hérité de ses ancêtres. 

La porte plus ancienne, celle de l'Almoina (l'aumône)
   Aujourd’hui la plus connue de ces reliques est le Calice de la Cène, le même que Jésus-Christ  utilisa, selon la tradition aragonaise, pour instituer le dogme de l’eucharistie avant sa mort.

   Mais, comment est le Calice arrivé aux mains des rois d’Aragon ? Et surtout, a cette histoire des fondements ? Alors…

   Selon la tradition aragonaise :

   Jésus est crucifié, jusqu’ici on connait bien les évènements; et, après sa mort, les apôtres distribuent entre eux les objets qui lui avaient appartenus et partent prêcher dans des différents coins du monde. Ce sera Saint Pierre, considéré par l’Église catholique comme le premier pape, qui portera le Calice jusqu’à Rome ; et il passera aux mains de ses successeurs… jusqu’à Sixte II. Voilà le temps où le christianisme était une activité à grand risque, car il était terriblement persécuté par l’empire romain. Sixte II décida de protéger ses reliques en les livrant à son diacre, Saint Laurent, natif d’un village près de Huesca. Quelques jours après, Sixte II meurt martyrisé (an 258) et son diacre décide d’expédier les reliques à ses parents en Espagne. Peu après, il est aussi martyrisé. Dans l’église Saint-Laurent-hors-les-murs de Rome il y avait un tableau qui montrait le moment où le diacre remettait les reliques à un légionnaire espagnol, mais il a été détruit dans un bombardement des alliés l’an 1943.

Porte de l'Almoina: détail
   Une fois dans la péninsule, le Calice commence son pèlerinage à travers les différentes cachettes jusqu’à l’arrivée des musulmans l’an 711, où l’on a peur à nouveau qu’il ne soit pas détruit. Cette fois, c’est l’évêque de Huesca qui prend les reliques avec lui et va se réfugier dans une grotte sur laquelle on bâtira le monastère de San Juan de la Peña. Et ce sont les troupes de Charlemagne (qui, par « hasard » traversaient le nord de l’Espagne) qui propagent la légende du Saint Graal en Europe. Les études sur ce sujet nous montrent l’influence de ce calice dans la littérature médiévale, plus précisément sur le Perceval de Chrétien de Troyes ou le Parzival de Wolfram von Eschenbach. Les chercheurs ont signalé des nombreuses coïncidences existant entre quelques fragments du roman et la réalité en ce qui concerne les lieux que Perceval traverse pour arriver jusqu’au Graal. En fait, il y a des correspondances très intéressantes entre la description des paysages et bâtiments dans le roman et l’environnement naturel et même l’architecture du monastère de San Juan de la Peña. 

   D’ailleurs, les rois d’Aragon avaient toujours eu un rapport spécial avec ce monastère. Le jour arriva où le roi Martin l’Humain, en 1399, prit avec lui le Calice et le déposa dans son palais de la Aljafería à Saragosse, puis dans celui de Barcelone, et finalement dans le palais de Valencia. D’ici, nous l’avons dit, il passera à la cathédrale de Valencia grâce au don d’Alphonse le Magnanime.


   Et depuis le XV siècle, le Calice a été très bien gardé quelque part dans la cathédrale (probablement dans la salle des reliques) jusqu’à ce qu’en 1916 on a décidé d’aménager la salle capitulaire pour l’abriter. 

Entrée à la chapelle du Saint Calice

    L’examen archéologique de la pièce lui donne une datation du I a. C.  

   Sans doute une extraordinaire histoire de plus de deux mille ans, qui sert à donner un grand attractif à la relique.

   Et pourtant, rien de tout cela n’importe d’un point de vue chrétien, car l’eucharistie est en elle-même un dogme, c’est-à-dire, une question de foi. Voilà pourquoi la coupe utilisée a peu d’intérêt en soi, puisque son contenu est toujours le sang du Christ.


   Une seule chose est sûre: le Calice se trouve dans le monument d’une énorme valeur artistique et historique qui est la cathédrale de Valencia. 

Voûte de la chapelle

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mercredi 4 janvier 2017

Les châteaux de la vallée du Vinalopó

   Comment présenter une route des forteresses de la vallée du Vinalopó? Ce qui fait qu'ils soient différents  c'est leur histoire, leur raison d'être face aux évènements dont ils ont été le cadre.

Château de Biar, dans la vallée du Vinalopó

    Morphologiquement, ils sont des forteresses bâties sur la roche des promontoires. Même si aujourd'hui il n'est pas difficile d'y accéder, car on peut parfois arriver en voiture presque jusqu'à la porte, nous sommes étonnés si nous pensons aux conditions d'attaque de n'importe laquelle de ces forteresses, avec des soldats chargés avec ses armes, armures et tout genre de machinerie de guerre, qui devaient avancer péniblement le long des pentes escarpées.

Forteresse de Sax, vue du donjon

   Quant à leur origine, la plupart d'entre elles (probablement toutes) ont été crées dans le temps des almohades. Malhereusement ont connaît très peu cette époque-là. En fait, ce sont les presque huit siècles de gouvernement de la civilisation musulmane dans la péninsule ibérique qu'on méconnaît, grâce à la destruction par le feu de plus de 4000 livres et documents appartenant à l'histoire de cette brillante société, ordonnée par le cardinal Cisneros suite à la prise de Grenade en 1492. Certes, "nous savons que nous ne savons rien", ou peu de chose.

   Nous savons que l'empire des almohades, arrivés du nord de l'Afrique, venait substituer celui des almoravides, qui vivait des moments de déclin, et qu'ils étaient une sorte de guerriers austères et puritains. On sait aussi que c'était une époque instable, où les luttes internes étaient très fréquentes, et que le territoire se trouvait très fragmenté.

Forteresse de la Mola (Novelda). Ici on peut apprécier la technique du pisé et une inscription en arabe (encore à déchiffrer) dans la partie suppérieur à droite

   De cette époque on peut trouver encore des vestiges dans ces forteresses, où l'on remarque très bien la technique du pisé et les lignes qui ont été marquées par les coffrages. La forteresse n'était nécessairement pas, par rapport à la population qu'il protégeait, un endroit de résidence, mais un refuge. Les gens vivaient plutôt dans des "alquerías" (petit ensemble des maisons) des vallées, ce qui leur permettait d'être plus près de leur endroit de travail. Et alors, en cas d'attaque, on venait s'enfermer dans la forteresse, bien fournie (ou le mieux possible), avec de l'eau conservée dans des citernes creusées dans la roche et de l'espace pour garder le bétail. Ici, la forteresse fait partie d'un modèle d'auto-organisation.

   Des murs en pisé, des citernes et le "trésor": les voûtes almohades que nous pouvons trouver dans le premier étage de la tour de la forteresse de Villena et dans celle de Biar.

Voûte almohade dans la tour de la forteresse de Biar
   Et puis, toutes cettes forteresses coincident dans un cadre géographique bien défini: la vallée du Vinalopó, fleuve minuscule avec lequel les levantins espagnols ont su faire des merveilles, depuis l'usage agricole de l'antiquité jusqu'à l'industrie du papier et de la chaussure des derniers deux-cents ans. Cette vallée forme aussi un long couloir qui est devenu chemin direct entre le plateau castillan et la mer Méditerraneé et donc, un terrain convoité pout toute civilisation marchande, comme l'étaient la Castille et l'Aragon.
    
   Après la conquête chrétienne de la zone, les castillans et les aragonais ont réalisé, le long des siècles, tout type de réformes dans ces forteresses: ils ont détruit, bâti, ajouté, enlevé... actions qui ont changé notablement l'aspect qu'elles présentent aujourd'hui. Mais le fait le plus important, c'est que la vallée est devenue une zone de frontière, l'espace de choc entre trois forces: la castillane, l'aragonaise et la musulmane. Je renvoi à plus tard le sujet très fécond de la conquête et des luttes entre musulmans et chrétiens, et je me bornerais ici à rehausser l'aspect de limite, ou de forteresse comme facteur de délimitation servant à demontrer qui était le proprietaire de ces terres.

Forteresse de Biar
   Et ces terres sont vraiment passées dans beaucoup de mains. Pas seulement dans celles des couronnes de Castille et Aragon, mais aussi dans celles des seigneurs féodaux qui les avaient reçues en réconnaissance de leur aide pendant la conquête. Eux, à son tour, les ont vendues à d'autres seigneurs, et c'est ainsi qu'on trouve toute une série de personnages illustres qui y sont passés ou plutôt, qui ont possédé le territoire. La lignée des Manuel ou des Pacheco en sont deux exemples. Et pourtant, le plus souvent les forteresses étaient laissées sous la responsabilité d'un gouverneur qui y vivait, plus ou moins en solitude selon le moment historique, avec sa famille.

Vue panoramique de Biar, qui a toujours appartenu à la couronne d'Aragon


   Et voilà, on s'arrête ici aujourd'hui... à suivre prochainement.
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mardi 3 janvier 2017

Le beau village

Envie de se perdre? On y va?

   Peut-être une des choses les plus jolies quand on visite un endroit qu’on ne connaît pas est de se sentir hereusement perdue… ou transportée par des ruelles qui se tordent, qui semblent avoir un parcours en spiral, des portails qui nous mènent vers d’autres ruelles qui continuent à se tordre encore, des pentes et des descentes, les fleurs aux balcons, musique sortant des fenêtres de maisons sans âge.  Altea est en fait connue comme le village le plus beau de la côte d’Alicante. 

Ruelle: toujours blanc et bleu


 On s’oublie complètement soi-même, et au coin d’une rue, l’infini apparaît, inattendu. On a devant nous un belvédère, puis un autre…

En bas, en première ligne de mer, des bâtiments modernes

   Altea fut bâtie en haut d’une colline, où il y avait un château qui n’existe plus ; elle a été conçue par le seigneur féodal de ces terres, Francesc de Palafox, en 1604, afin de repeupler avec 50 familles un territoire où les gens ne voulaient pas vivre, car il était attaqué continuellement par des pirates et des corsaires venant du Nord de l’Afrique, voilà pourquoi il y avait ici une forteresse.


   Une fois, un homme d’Altea, nommé Ronda, est allé au Maghreb payer la rançon qu’on demandait par un de ses voisins qui avait été enlevé. Tout était presque arrangé, quand il vit, au milieu d’un tas de bois, un crucifix avec une image du Christ, le tout destiné à nourrir le feu. Et cet homme dit qu’il payerait le prix de ce Christ en or. Au chef des maures lui plut l’idée et il sortit une balance… et le miracle se produit quand les plateaux atteignirent le même niveau seulement après avoir mis trois monnaies d’or. Mais les aventures ne finirent pas là, car ils furent surpris par un fort orage au milieu de la mer quand ils rentraient.  Devant la peur de perdre sa vie, ils décidèrent de placer le Christ sur la proue du bateau et, deuxième miracle!, il calma la tempête et nos marins arrivèrent sains et saufs à Altea. Bien sûr, la première chose qu’ils firent en mettant les pieds sur terre fut une procession en honneur du nouveau patron de la ville, procession qui continue de se faire aujourd’hui au cours des fêtes des Maures et Chrétiens, à la fin septembre. 

Église de Notre Dame de la Consolation. Au fond, au milieu de l'autel, la taille du Christ concerné

   Un village de mer avec son quartier des pêcheurs reconverti en promenade maritime.

   Errer sous la lumière blanche du soleil qui reflète sur les maisons blanchies à la chaux. Tout est blanc, vous ne verrez pas d’autres couleurs sauf le bleu de la mer et du ciel et le blanc. 


   Et qui habite là? D'abord, les artisans. Vous trouverez un peu partout des ateliers, notamment de céramique, mais aussi ceux des sculpteurs, des graveurs, des peintres. Il y a aussi un nombre important de jeunes, grâce à l'École de Beaux Arts dépendante de l'Université d'Alicante. Et finalement, des étrangers (le 35% de la population), surtout provenant du nord de l'Europe et qui se sont établis ici au cours des années. Bref, un petit village avec une atmosphère calme et cosmopolite.

Un coin de la Plaça de la Creu
    Et tant d'autres petites histoires qui se sont passées...


    Pour visiter Altea, il ne faut absolument pas être pressé.
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lundi 2 janvier 2017

Réservoir de Guadalest: promenade en bateau solaire

   Il y a un coin au nord de la province d’Alicante très visité, mais pour certains encore inconnu, qui contraste fortement avec les paysages de mer si typiques de la zone.

Embarcadère du réservoir
   Aujourd’hui, notre groupe est parti vers le petit village de Guadalest et, après la visite on s’est promené dans un bateau solaire sur le réservoir. Comme son nom nous l’indique, ce bateau ne fonctionne qu’avec de l’énergie solaire, grâce à des panneaux placés sur la toiture et est, pour autant, complètement écologique... et silencieux.
   Ce qui nous étonne au premier abord est la couleur bleue-turquoise des eaux, causée par les particules de chaux en suspension et qui proviennent des montagnes qui l’entourent.

Réservoir. Au fond: la montagne Serrella
   Le réservoir est un lac artificiel de 86 hectares construit afin de combattre la sécheresse de cette zone agricole à la fin des années 60, moment où l’industrie du tourisme démarrait aussi. On est à quelques 20 kilomètres de Benidorm, capital du tourisme en masse de l’Espagne. Cette ville peut faire elle seule descendre le niveau de l’eau du lac entre 6 et 9 centimètres par jour pendant les mois d’été, ce qui fait deux mètres par mois ; et puis, il y a aussi les vallées plantées de nèfles et d’agrumes, qui ont évidemment besoin d'eau. Lorsque les visiteurs se réjouissent dans ce beau motif à photographier, les gens de la contrée le regardent avec crainte ou avec bonheur dépendant des pluies passées et à venir, ou de son absence.

Du bateau on peut apprécier le niveau de descente de l'eau (mois de septembre - bonne année)

   Un épisode particulièrement difficile est arrivé avec la sécheresse de 1978. Les villageois se souviennent très bien comment toute l’eau du réservoir est complètement disparue. Et quand ils dissent complètement, cela veut dire qu’il n’y est resté même pas de la boue au fond. Tout était absolument sec. On a dû creuser des tranchées pour y enterrer les poissons morts qui commençaient à sentir mauvais. 

   Benidorm était en pleine explosion touristique, la ville était en train de se consolider en tant que destination méditerranéenne. Elle avait passé d'avoir 6000 habitants en 1960 aux 23000 en 1978. Chaque année, plus de monde arrivait pour passer ici ses vacances. On ne pouvait absolument pas laisser les hôtels sans distribution d'eau, mais on n'en avait pas. 


   Que faire? Devant une telle situation, on a finalement décidé d'envoyer des bateaux-citernes provenant de Cadix qui ont réglé partiellement le problème... en privilégiant bien sûr la distribution du liquide précieux parmi les établissements hôteliers.

Le village de Guadalest au-dessus de la colline

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Coca amb molletes (ou du pain avec du pain)

   La gastronomie des endroits qu’on visite est un sujet la plupart des fois secondaire, mais qui intéresse toujours les voyageurs. Et en effet, il me semble que la nourriture est une partie très importante de la culture de chaque région, même si le rôle qu’elle joue est plutôt discret. « Somos lo que comemos » (nous sommes ce que nous mangeons), dit-on.

   Quand on parle de gastronomie au sujet du Levant espagnol, on pense tout de suite à la archiconnue « paella ». Eh bien, je n’en parlerais pas, au moins aujourd’hui.

   Aujourd’hui je parlerais d’une recette méconnue d’Alicante, très curieuse et surtout simple. Il s’agit de la « coca amb molletes » : une galette de pain avec des petits morceaux de chair de pain au-dessus et cuit au four. Voilà, c’est tout. En Espagne il y a une phrase populaire qui dit « Pan con pan : comida de tontos » (du pain avec du pain, nourriture d’idiots), mais à mon avis, c’est un peu injuste. Les principales délices de notre gastronomie régionale (et ici je nomme en passant encore la paella) ont été créées avec ce que l’on avait à la portée de la main, ce que la nature, qui parfois ici est un peu cruelle, nous offre. Autrefois il n’y avait pas des supermarchés, ni des restaurants exotiques ; la monoculture et le marché commun n’existaient pas non plus. Et dans ces conditions-là on a su profiter et apprécier ce dont on disposait, pour tirer le mieux des ingrédients les plus simples et pour nous léguer des plats qu’on mange de nos jours dans les meilleurs restaurants.

Coca amb molletes
Pour les curieux, voilà les ingrédients de la coca amb molletes :

  •    Pour la base : huile d’olive, vin blanc, du sel et de la farine.
  •    Pour les « molletes » : même chose…


   À accompagner avec plusieurs litres d’eau ou de bière. Bon appétit!
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dimanche 1 janvier 2017

"Le lieu trouvé": le Polop de Gabriel Miró

“Nos pieds obéissent aux traces d'autres hommes et assurent le sentier de ceux qui viendront"


Il est abrité par la joie de posséder en vérité ce village auquel on pense toujours quand on raconte un conte. « …Il était une fois un petit village… »


   Si on devait tracer une route littéraire suivant le parcours de l'écrivain Gabriel Miró, nous pourrions errer pendant des journées, comme il le faisait, à travers les montagnes de La Marina. Sa dernière oeuvre, Años y leguas (Des années et des lieues, publiée en 1928), fut écrite le long d'un séjour dans sa maison d'été à Polop et elle ne raconte aucune histoire, ou plutôt elle en raconte plusieures. L'écrivain d'Alicante s'abandonne au trance mystique qui se traduit en l'exaltation lyrique d'un paysage qui innonde tout, un paysage absolu et atemporel. Avec des mots, il peint pour nous les montagnes, les maisons du village, l'eau qui jaillit des pierres, les gens qui vont et viennent avec ses anecdotes et ses tragédies. Il est un peintre en prose... ou un poète du paysage.

   Son séjour à Polop n'est pas fortuit. Il y arrive pour la première fois encore enfant, avec son père, qui est ingénieur des ponts et chaussées et qui, à cette époque-là (début du XXème siècle) travaillait dans la route qui unit Callosa d'en Sarrià avec Alcoy (obéissant d'ailleurs les traces d'autres hommes).

    On a même dit que Polop, c'était Miró qui l'a inventé, et qu'aujourd'hui le village n'est plus à flanc du mont Ponoig, mais aux pieds du Lion Endormi, et que le calvaire ne finit pas dans le vieux cimetière, mais dans le Jardin de Croix.

  À l'entrée du village, le premier point d'arrêt est la Font dels Xorros (la Fontaine des Jets). Avec ses 221 tuyaux, elle est l'un des symboles de la commune. Grâce à l'abondance du liquide précieux dans une zone où la pluie est très rare, Polop a joué un rôle très important dans l'histoire de la région; tel fut le cas de la création du Rec Major (le canal d'irrigation majeur ou principal), qui fut la véritable impulsion du processus de croissance économique et démographique des villes des alentours, telles que La Nucia, Alfaz del Pi ou Benidorm. Le canal était fini en 1666 et sans lui, les chemins de l'histoire auraient été, à coup sûr, très différents. 


"Qui a ramassé l'eau entre ses bras comme une tunique? Uniquement Dieu"

   Des sources et des fontaines apparaissent partout à Polop; c'est le village de l'eau, l'endroit où les gens viennent des autres villages remplir ses bidons, "l'eau nouveau-née, qu'il faut arracher avec la cruche des profondeurs de l'origine, pousse encore avec le relent dur de la pierre, elle arrive sans soleil, sans ciel, sans des champs au-dessus et à l'intérieur; de l'eau incisive et nue; de l'eau de roche... Qui la ramassera et la tordera comme un drap précieux!
   Dieu."


   On s'enfonce dans des ruelles en pente et on commence l'ascension entre des places et des maisons nobiliaires. Car Polop a été pendant des siècles à la tête d'une baronnie qui portait ce même nom et la ville depuis laquelle on gouvernait un ample territoire.
















   Et nous arrivons au calvaire, qui dessine un chemin en zigzag jusqu'en haut de la colline où se trouve le Jardin de Croix. L'air propre de cet endroit a très peu à voir avec ce que Miró a vu il y a presque cent ans:

"Sigüenza monte par la pente du cimetière, déblayée d'ordures. Les niches du chemin de croix se sont effondrées sur des bouillies et des croûtes de dépotoir qui frémissent sous des grosses mouches. Le masque d'une mâchoire de bouc se décharne en riant; ses cornes pourris tremblent de fourmies."
   Le vieux cimetière, qui autrefois était un cimetière tout simplement, fut bâti sur les vestiges d'un château musulman. Ici eurent lieu quelques uns des évènements les plus tristes et sanglants de notre histoire, comme le massacre de plus de 800 maures qui s'étaient refugiés dans la forteresse afin d'échapper à la révolte des "agermanados", en 1521. Ceux-ci leur firent promesse de sauver leur vie s'ils acceptaient de se convertir au christianisme. Ils acceptèrent et, à mesure qu'ils sortaient du château, ils étaient baptisés pour être, tout de suite, égorgés.

   "C'est vrai. Ils ont leurs morts au-dessus; mais la mort, la mort est au-délà de l'horizon de nos pensées et de nos yeux."


    Mais peu nous reste de ce château: une citerne, les vestiges subtils d'une tour et quelques pans de mur. Tout le reste fut démonté et profité pour des nouveaux bâtiments, et très spécialement pour la création de l'ermitage de la Divine Aurore.


   Nous finirons avec une bonne nouvelle: la mairie est en train de mettre la dernière main aux détailles d'un musée dédié à Gabriel Miró, juste à côté de la Font dels Xorros, où nous pourrons connaître en profondeur le rapport de l'écrivain avec le village de Polop.


Musée de Gabriel Miró
  Et nous partirons de Polop, le goût d'une eau de "vérité chimique" à la bouche, et nous espérons être certains d'avoir été devant "le lieu trouvé":

    "Je viens de découvrir un endroit délicieux, endormi parmi les années. C'était sans le vouloir, comme certains grands hommes découvrent précisément ce qu'ils ne s'attendaient pas à découvrir; mais, en le découvrant, ils ressentent une joie légitime d'avoir mis dans le mille avec toute sa volonté illuminée. C'est ainsi que je suis tombé juste par la grâce de la révélation. Cette grâce ne se reçoit pas sans la faculté de sentir et de profiter de ses effets, et c'est alors que le découvert nous appartient si clairement que nous pouvons bien dire qu'il a été crée de toute notre conscience..."
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